samedi 28 juin 2008

Seck, artiste togolais de la chanson


«Il faut instituer des rencontres périodiques entre le ministre de la Culture et les acteurs du show-biz local»

REGARD poupin, Seck a déjà fait chavirer beaucoup de cœurs des mélomanes des deux morceaux (« Sans partage » et « Djignedzezo») qui annoncent la sortie prochaine de son premier album et dans lesquels il chante ses «secrets d’alcôve». Il se confesse à vous.


Peut-on connaître davantage la personnalité qui se cache derrière l’artiste Seck ?
Seck, de son vrai nom Komivi Azaleko, est un jeune togolais né dans les années 80 ; il aime la franchise, le respect de la personne humaine. Il est très optimiste mais impulsif. Il déteste le mensonge, la moquerie, l’hypocrisie, l’envie négative et destructive, la diffamation. Seck adore aussi discuter avec les amis, échanger, rigoler…

À quand remonte votre première passion pour le monde du show-biz ? Parlez-nous de vos débuts dans le monde de l’écriture et de la composition des chansons.

Je me suis intéressé au show-biz et plus précisément à la musique depuis 2001, aux côtés de mon frère D’anou du groupe Wezepe qui est d’ailleurs un de mes idoles au Togo. Etant donné que le groupe s’entraînait dans notre maison où se situe son studio, je me retrouvais souvent avec ses membres et je m’amusais des fois à reprendre à tue-tête leurs chansons. C’est de cette façon que ma voix a tapé dans l’oreille de mon frère qui a tout de suite vu en moi ce don de chanteur, si on peut le dire ainsi. Donc, c’est sous sa férule que j’ai commencé à composer mes textes. Mais, concrètement, c’est en 2005 que j’ai pris résolument la décision de me lancer dans l’aventure musicale. Croyez-moi, cela ne fut pas de tout repos. Voilà un peu résumé mes débuts dans ce domaine dans lequel je veux absolument faire carrière.

Comment définissez-vous la forme de mouvance musicale à travers laquelle le grand public vous a découvert ?

Si j’ai bien compris votre question, vous voulez que je vous définisse mon courant musical ; ce serait prétentieux de ma part de vous dire que je veux créer un nouveau courant musical. Je vous dirai tout simplement que je fais une musique qui s’apparente à un mélange fait du zouk, de la salsa et de la soul.

Deux de vos chansons tournent actuellement sur les radios et télévisions de la place (« Sans partage » et « Djignédzezo»). Retracez-nous l’histoire de ces deux titres.

« Sans partage » est une histoire vraie que j’ai vécue avec une jeune fille que j’aimais énormément. Nous sortions ensemble, tout allait bien jusqu’au jour où j’ai découvert qu’elle avait un autre homme dans sa vie. Je le lui ai demandé, par amour pour elle ; elle me l’a avoué et je lui ai dit de choisir entre cet homme et moi. Mais, vu qu’elle en était incapable, j’ai préféré prendre le large car comme vous le savez, il y a des choses qu’on ne partage pas avec autrui. Parmi elles, figure l’amour. Voilà la triste histoire qui se cache derrière cette chanson que vous avez commencée par rendre célèbre. C’est l’occasion de remercier tous les médias qui font ma promotion.
De son côté, « Djignedzezo » littéralement traduit mon cœur est en lambeaux n’est autre chose que la suite de « Sans partage »; maintenant qu’elle m’a quitté, je suis en détresse, mon cœur est en pleurs. Qui est-ce qui va alors me l’apaiser, qui est-ce qui va m’essuyer les larmes ou encore me réconforter ? Pourriez-vous le faire ? Voilà la question que je me pose et vous pose dans cette dernière chanson.

Ces titres précités évoquent-ils réellement votre vécu ou relèvent-ils plutôt d’une fiction ?

Vous savez et cela n’engage que moi seul, les chansons qui donnent souvent vie à la fiction ont peu d’effets sur l’auditoire contrairement à celles qui traduisent le vécu des artistes, car ce sont des événements dans lesquels les gens se retrouvent mieux ou se retrouveront du jour au lendemain, qu’ils soient malheureux ou heureux.

A travers « Amour sans partage » et « Djignédzézo », doit-on s’attendre à ce que votre prochain album parle essentiellement d’amour ?

Pas forcément, même si je veux qu’il y est plus de thèmes d’amour, de paix, de tolérance, de pardon… que ce que nous vivons aujourd’hui. Mon album, que dis-je, notre album puisque c’est vous et moi qui le confectionnons, parlera aussi de Dieu, de l’espoir, de la violence faite aux femmes, aux enfants. Bref, les thèmes sociaux contemporains y trouveront une bonne place.

Quand est-ce que vos fans pourront-ils se procurer votre album auprès des disquaires ?

Si vous me trouvez à l’instant même un producteur ou un donateur qui a le cœur sur la main, vous l’aurez demain (rires). Au fait, l’album sera dans les bacs d’ici les vacances prochaines inch allah.

Mener une vie d’artiste au Togo relève souvent du défi. N’avez-vous pas peur que le succès de vos deux titres promotionnels ne vous rapporte jamais l’argent auquel vous êtes en droit de vous attendre ?

Si réellement vous n’avez pas d’ambition pour votre journal que les gens apprécient d’ailleurs, il serait déjà dans les oubliettes. C’est cela en fait le défi et la vie n’est qu’un défi qu’il faut se lancer. Dès lors, il faut se donner les moyens pour le relever, mais malheureusement, nous sommes au Togo où la piraterie tue énormément l’art et ses faiseurs. Autrement dit, je serai dans certains pays que à travers ces 2 singles, j’aurai déjà au moins un demi-million voire plus sur mon compte. Malheureusement, je suis en Afrique et pire encore au Togo où la culture n’a pas encore sa place parmi les priorités de nos dirigeants. Mais avec la grâce de Dieu et certaines personnes de bonne volonté qui nous aiment et nous apprécient, le défi précité sera relevé.

Qu’est-ce qui fondamentalement vous encourage à mener une vie d’artiste au Togo ?

Rien ne m’encourage à faire de la musique et encore moins au Togo ; c’est d’abord et avant tout une question de passion. Et dans cette folie puisqu’il faut être fou pour faire de la musique au Togo, je suis soutenu par certaines personnes au premier rang desquelles ma mère chérie, Mme Thomas et bien d’autres. Mais sachez aussi que quand vous n’aimez pas une activité, un domaine, autant ne jamais s’y aventurer ; vous n’allez jamais y réussir.

Selon vous, de quelle manière les responsables de la culture au Togo doivent-ils créer un environnement favorable à l’épanouissement des artistes en général et particulièrement ceux qui font de la musique ?

Avant de répondre à cette question, qu’il me soit permis de revenir sur un fait. Je suis encore jeune dans le monde musical mais j’ai appris et lu que la regrettée grande sœur Bella Bellow a dans les années 60 fait l’Olympia, rempli l’un des plus grands stades au monde comme le Maracana au Brésil… Je me demande comment est-ce possible que la musique togolaise soit encore méconnue à ce point malgré cette route très tôt tracée par Bella Bellow ? Vous savez, pour qu’un domaine d’activité quelconque prospère et permette à ceux qui y évoluent de jouir de leurs fruits, c’est d’abord une question de volonté. Si cette volonté n’a pas été ce que nous avions toujours espéré, j’ose croire qu’avec l’actuel président de la République togolaise, Faure Gnassingbé, les choses vont changer. De plus, si je prends en compte les propos tenus ces dernières semaines par Cornéluis Aïdam, notre ministre de tutelle lors d’« Alokpa 4 », de « Bimod 228 », du « 1er Carnaval international de Lomé » et j’en passe, je nourris une lueur d’espoir que les donnes vont positivement évoluer dans le monde culturel togolais. Vous savez, on a beau avancé d’idées novatrices dans le monde culturel, mais s’il n’y a pas une réelle volonté politique derrière, rien ne peut se concrétiser. En attendant la réalisation de tout ce dont notre ministre a parlé ces derniers temps (comme la mise en place d’un centre de formation et autres), il faut instituer des rencontres périodiques entre le ministre et les hommes du show-biz, les producteurs, les réalisateurs, managers et autres acteurs culturels locaux… afin que nous puissions échanger et améliorer nos productions. Cette démarche revêt une grande importance à mes yeux.



Il y a beaucoup d’évènements qui m’ont marqué dans ma vie, mais dans le cadre de ma très jeune carrière, l’évènement qui m’a marqué en bien fut ma deuxième prestation au Palais des Congrès de Lomé. C’était en première partie du concert de Marshall DJ. Ce jour-là, j’ai découvert un public charmant qui chantait comme un hymne ma chanson. C’était vraiment merveilleux. Le pire souvenir, c’était ma première prestation ; je ne l’oublierai jamais. On m’a jeté des cannettes vides, des sachets d’eau… C’était vraiment douloureux et honteux.

Quels sont les grands évènements qui vont meubler votre emploi du temps dans les semaines et mois à venir d’un point de vue artistique ?

Mais, pourquoi parlez-vous d’évènements majeurs ? Ma seule préoccupation de l’heure reste la sortie imminente de mon album ; je m’y affaire ardemment.

Quel est le plus grand rêve que vous ambitionnez de réaliser dans le monde du show-biz en général ?

Ce rêve est celui de tout être humain : il s’agit de réussir dans la vie ; il serait encore plus grand si j’arrive à mener une belle carrière musicale. Je veux connaître un succès comme le grand frère King Mensah, Pascal Lukoua Kanza … Bref, je veux laisser mon nom dans les archives de la musique africaine et vous allez nous aider pour cela.

Que souhaitez-vous de mieux aux artistes togolais au cours des huit prochains mois de l’année 2008 ?

A tous ceux qui projètent de sortir un album dans les prochains mois, je prie Dieu qu’ils trouvent les fonds nécessaires pour le faire. Ceux qui ont des spectacles à l’étranger, qu’ils trouvent les moyens pour s’y produire.
J’émets également le vœu que nous (artistes) soyons plus sollicités à faire de spectacles les mois à venir, que les autorités nous fassent produire en spectacle au mois une fois avant la fin de l’année et qu’enfin les artistes s’aiment réellement et réciproquement au lieu de se jeter des discrédits. Il y va d’un meilleur devenir de notre musique.
Permettez-moi aussi de remercier tous les mélomanes togolais, tous les animateurs, présentateurs d’émission, techniciens des radios et télévisions de la place pour tout ce qu’ils font pour les artistes locaux et pour moi particulièrement. Je leur dis merci du fond du cœur. A tous ceux qui croient en moi et m’encouragent, que Dieu vous bénisse. Merci à tous.

Propos recueillis par Xavier Gilles

http://www.planeteafrique.com/Amis/News_Display.asp?ArticleID=786&rub=IciAilleurs-Decouverte

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